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4 avril 2011

La place du travail

L’étymologie du mot «travail» proviendrait du nom latin «tripalium». Or, le tripalium était un instrument de torture à l’époque romaine. Il faut donc croire que, dans son acceptation courante, l’homme associe au travail une idée de contrainte et d’obligation.

Historiquement en France, sous la Révolution, le travail était considéré comme une activité humaine permettant à chacun de participer à la société. On lui conférait alors une valeur positive.
Au 19ème, la théorie de « l’aliénation par le travail » développée par Karl Marx ne conteste toutefois pas la valeur émancipatrice du travail pour l’homme. Les féministes, quant à elles, revendiquent le droit pour les femmes au travail comme l’une des conditions de leur libération puisque le travail apporte autonomie financière et couverture sociale mais aussi permet de créer du lien social.

L’évolution historique de la valeur travail en fait aujourd’hui une activité productrice d’utilité que l’individu effectue comme une obligation dans le rôle précis qui lui est attribué. Dans cette perspective, c’est le statut social de l’individu, son emploi et sa qualification qui fixent la position de celui-ci dans la société et qui définissent son identité personnelle. Si le travail ne disparaît pas, il fait l’objet de mutations. En France, l’ambivalence des représentations sur le travail (source forte d’identité et source de stress et de souffrance pouvant conduire au suicide) n’a jamais été aussi forte.

Un premier courant de recherche arrive à la conclusion que la tendance de nos sociétés à long terme est de voir disparaître le travail salarié. Tandis qu’un deuxième courant considère que le travail structure encore notre rapport au monde et à autrui, servant toujours de repère à la gestion des temps consacrés à d’autres activités et, au delà, à l’organisation et au fonctionnement même de la société.

Le Conseil Economique et Social considère que le travail occupe une place essentielle dans l’organisation de la société et de la vie des hommes, de manière permanente. Le travail est tout à la fois facteur d’émancipation et d’autonomie, gage d’identité et de dignité, créateur de richesses et source première de revenus, clé d’insertion dans la société et vecteur de lien social entre les membres de la collectivité. Il représente une valeur symbolique forte.

Pour les Français, interrogés sur les activités qui comptent le plus dans leur vie et qui sont sources de leur identité, le travail occupe encore sans défaillir le second rang, juste après la famille et les arguments que l’on avance pour en vanter les mérites sont toujours l’indépendance et la réalisation de soi qu’il autorise.

Mais aujourd’hui, le mot « travail » est ambigu et recouvre des réalités différentes. La place et l’importance qu’accordent les individus à la valeur « travail » dépendent de leur catégorie socioprofessionnelle et de leur situation familiale. Il ressort d’une récente étude Dares que pour les cadres et les indépendants, le travail est vecteur d’épanouissement et de réalisation personnelle, ce qui est nettement moins le cas pour les employés et les ouvriers.

L’arrivée des enfants relativise également l’importance accordée au travail pour l’ensemble des parents et plus particulièrement pour les femmes non cadres. Si le fait d’avoir un 1er enfant peut augmenter les risques de conflit entre travail et vie privée, l’arrivée d’un 2ème enfant de moins de 3 ans dans une famille semble faire une plus grande différence et générer des difficultés pouvant conduire les mères au retrait de leur activité.

Pour les parents, la famille arrive en tête des trois composantes (avec le travail et les amis) favorisant l’identité des individus. Et deux enquêtes récentes confirment que, pour 86 % d’entre eux, la famille constitue le « pilier de l’identité ».

Si le travail et la famille sont deux valeurs fortes qui constituent, à des degrés divers, l’identité des personnes, ils s’avèrent représenter également deux activités particulièrement consommatrices de temps pour lesquelles les individus doivent opérer un arbitrage. Cet arbitrage peut engendrer des difficultés à équilibrer vie professionnelle et vie privée.

Même si le travail a perdu son caractère d’organisateur exclusif des temps et est aujourd’hui caractérisé par une moindre centralité dans la vie des individus, il n’en garde pas moins une place importante dans la construction identitaire et l’estime de soi, notamment par la reconnaissance obtenue dans le cadre des relations interpersonnelles. Sa réhabilitation passe par l’amélioration des conditions de travail et d’emploi des personnes peu qualifiées, par la valorisation des individus et par des politiques prenant en compte le hors travail des salariés, permettant à ceux-ci de se réaliser selon toutes leurs dimensions (associative, spirituelle, sportive, culturelle…).